Posté le 26.06.2007 par leshistoiresderemi
Ce blog vous montre une somme d'expériences en mouvement.
Expérience de créativité au service de l'accompagnement d'équipe et d'organisation dans des projets de création, de développement, de cohésion ou de formation. Cet outil est puissant car il permet de se dire de façon décalée les ressources, les difficultés, les non-dits et les enjeux d'un groupe en chantier.
Cette expérience se place sur un chemin. Au début pour déclencher une dynamique. En cours de parcours pour rassembler les éléments partagés avant de construire du nouveau.
Le passage se fait par l'enfant. Revenir à l'enfant et son univers imaginaire, son humour, sa rébellion, ses difficultés. L'enfant est un joueur. Dans chaque adulte un enfant veille et, sans quitter le sérieux de l'adulte et du projet, on peut sortir du cadre, se décaler un peu pour voir les choses autrement.
Quand l'enfant a joué, a été entendu, on peut aisément revenir à l'adulte, au monde adulte et son projet. La métaphore n'est pas une fin en soi, c'est un outil du chemin. Outil de surprise, car pas annoncé aux participants et en accord avec le donneur d'ordre.
Le mouvement, cité plus haut, tient du fait que dans ma pratique, je construis régulièrement de nouvelles métaphores, car celles présentée ici sont uniques car "collée" à une situation, à des acteurs et à un projet précis. Ma veine créative se nourrit d'abord de la situation proposée.
Le mouvement, car la métaphore est une partie du processus et que mon travail consiste au voyage dans l'enfant, le décalé et se poursuit dans un retour à l'adulte et au réel.
En mouvement enfin, car au-delà de l'écriture, c'est une proposition d'animation dont il s'agit. Elle englobe l'analyse de la situation, l'écriture de la métaphore, la lecture et le travail collectif partagé "de l'enfant à l'adulte" de "l'imaginaire au réel".
Je propose cette prestation en direct dans l'accompagnement d'une démarche participative ou pour d'autres professionnels, consultants ou formateurs, dans leur processus d'accompagnement et leur cahier des charges.
"Donner & Recevoir" c'est donner à voir et partager ce que je sais faire. Recevoir, c'est de lire vos réflexions, vos expériences et vos questions sur le sujet. La créativité et l'envie de partage ne m'appartiennent pas, elles sont à nous…
Donc, comme disent les bloggeurs "lâchez vos com's !" sur le blog dans la rubrique "commentaires " ou sur serain.remi@wanadoo.fr
Posté le 25.04.2007 par leshistoiresderemi

"L'ambition qui motive mes interventions est de participer, avec un zeste d'enfance, à l'amélioration de la marche du monde"
Cette route a été ouverte par un film sur Grock, grand clown qui m'a fait rêver, à 11 ans. Ce rêve m'a mené vers un autre clown que j'ai côtoyé "en vrai" en travaillant pour lui, Achille Zavatta. Ces hommes exceptionnels travaillaient à mettre en scène l'humour évidemment et aussi l'émotion, la sensibilité et le décalage.
Jean-Henri Fabre, entomologiste du 19ème siècle a décrit ses expériences sur les insectes avec un sens pédagogique inné et une écriture fluide et naturelle. Son écriture m'a transporté un siècle en arrière, comme dans un paysage connu depuis toujours, me donnant envie de le suivre.
La vie m'a offert le voyage, le vrai, les grands espaces comme la montagne que j'ai pratiquée comme accompagnateur en montagne, et le désert si bien mis en mots par Théodore Monod. La simplicité et l'ouverture au(x) sens de ces hommes et de ces lieux m'ont fait écho.
Le plus récent de ses référents est anonyme. C'est un "sage-homme" maniant le sérieux et l'émotion, le rire et les larmes, la créativité et le jeu. Il m'a fait visiter mon histoire, reconnaissant ma part d'ombre et de lumière, m'en donnant les clefs et la responsabilité.
Je suis de ces filiations. Je pourrais attendre d'être un "grand homme" pour changer le monde, mais cela prend du temps d'être un grand homme et cela ne ce décide pas, alors je choisis l'amélioration de petits bouts du monde dans l'ici et maintenant, avec ces référents précieux et mes outils préférés.
Rémi
Posté le 25.03.2007 par leshistoiresderemi
C'est une mer furibonde, agitée, noire. Le ciel est gris et les eaux froides marbrées par les remous violents. L'écume des nombreux embruns vient nous gifler brutalement, nous trempant avec de ses eaux salines et poisseuses …. Le vent nous noie les oreilles dans un souffle bruyant et permanent avec des rafales stridentes dans un autre rythme que les vagues, mettant notre équilibre sans dessus dessous. Il fait froid, c'est humide et c'est sombre !
La mer est déchaînée et notre embarcation chahutée comme une coque de noix instable. Le vent nous pousse toujours plus loin, plus vite vers l'avant, les vagues nous prennent de bâbord à tribord ou de tribord à bâbord, marquant l'itinéraire d'à-coups imprévisibles qui rendent le tracé saccadé et incertain….
Nous, marins au pied assuré, ou novices d'eau douces, avons le ventre en marmelade, prêt à vomir aux animaux marins les quelques aliments qui flottent dans la bile des mauvais jours de notre mer intérieure. Les goélands crient dans le sillage aérien du bateau, attendant tels les vautours, les quelques morceaux de chair palottes mais goûteuses qui échapperaient au contrôle des humains…
Parfois dans ces moments de furie, des caisses s'échappent au gré des coups de boutoir liquides… caisses de livres, caisses d'histoire, caisses d'espoir, caisses d'outils, de notes, de vérités trouvées… Parfois, elles nous échappent, parfois on en attrape perdues par d'autres.
Mais tout ça, c'est la vie. La vie qui va. La vie qui vit. Vie de galion ou vie de galère. Ça fait partie du chemin, du mouvement, de l'histoire d'un bateau et de ces marins. Mer en éruption ou mer de carte postale, un jour l'une, un jour l'autre…
Un jour, on resserre tous les liens pour que rien ne s'échappe de cette unité de matière, unité de relation. On resserre les liens, on resserre l'union pour être plus fort, pour ne pas être éparpillés, pour n'être qu'un, face aux éléments incontrôlables que la nature déchaîne.
Un autre jour, quand la crise est passée, quand huileuse est la mer, quand postale est la carte, on peut se détendre, détendre les liens, dénouer les nœuds, ouvrir les hublots, sécher les habits, laisser le temps filer un peu, retrouver ses esprits, raconter son aventure en la détachant de celle, collective, qui vient de se vivre…
Parfois une lagune s'ouvre à nous, ou bien une île accueillante nous permet la pause, nous promet un plancher solide pour nos pieds soumis au roulis permanent… Une île et des eaux calmes qui permettent de faire le tour de la coque et des coursives, de vérifier les vivres, de soigner les mauvaises plaies, de comprendre le chemin parcouru, de tracer le prochain, de donner des nouvelles aux familles, à l'armateur.
Et voilà, nous sommes là, marins aguerris, dans une mer où l'on nous annonce des remous. Une mer qui rassemble tous ce qu'elle compte de colère, de mouvement. Un ciel, au loin, qui déjà s'obscurcit comme avant une entrée en scène… place au vide avant l'action… C'est la radio qui l'annonce dans le feutré du studio et la voie douce de Marie Pierre Planchon de la météo marine qui veille et parle aux marins de par le monde… Nous sommes là, marin expérimenté par les flots planétaires de toute température, de toute latitude… mais petits, tout petits devant ce qui s'amène bientôt. Dans trois jours, peut être quatre, peut être deux ?
Et si nous nous brisions cette fois, parce que le destin l'a décidé ?
Et si notre existence de marin ne servait à personne, tombait dans l'oubli alors que l'équipage a fierté de ces savoir faire, de ces trouvailles innombrables, de ses ruses pour déjouer les tours des hommes et des mers.
Et si, corps, biens et chemins se retrouvaient entre les dents des requins, dans la double rangée de dents de requins, autant dire qu'il ne resterait rien de distinct.
Fils de marins, pères de marin ! Il y en a mare des épaves qui ne donnent que du mauvais bois à brûler, que des lambeaux de voile à jeter, que des morceaux de mystères à dévoiler par des archéologues de salon dans quelques décennies ! Mare de laisser la laisse de mer choisir ce qu'elle veut bien nous donner, indice d'indices perdu au milieu de vieilles algues racornies, de tubes de crème solaires éventrés, de ponte de raies, de carcasses de crabes blanchâtres.
La route que nous suivons, nos pères l'ont entamées. Nombreux sont restés sans laisser de trace, sans laisser d'indices sur le chemin parcouru, sur les dangers vécus. Parfois, certains de nos pairs laissaient un carnet de bord, jetaient une bouteille à la mer, expliquaient leurs aventures… Alors de ces mots partagés, nous n'étions pas pris au dépourvu par un mauvais bloc de glace ou de nombreux rugissants… nous savions !
C'est comme ça qu'il avance le bateau du monde. Vivre et transmettre. Aller et aller plus loin. De la pêche au harpon fait d'un os aléatoire au chalut d'aujourd'hui. On peut choisir la vitesse de la croisière, on peut décider du chemin, on peut beaucoup, mais tomber dans l'oubli ?
"Il nous reste l'île de la Plume. Jeter l'ancre à la Plume, c'est encore possible demain" se dit le Capitaine. Ecoutons la météo marine, discutons avec le Quartier-maître et attendons les conseils de la nuit…
(Métaphore pour une formation sur l'écrit professionnel)
Posté le 18.03.2007 par leshistoiresderemi
La grotte est sombre, humide. Lieu mystérieux quand on n'a pas franchi le seuil, inquiétant même par la présence imaginaire de bêtes et d'esprits mauvais. Lieu refuge quand on l'a apprivoisé petit à petit. Lieux tempéré, frais quand le soleil d'été écrase tout, confortable au cœur de l'hiver glacial.
Une peau de bête sur le corps, le poil hirsute, les dents jaunies, ils sont là en cercle autour de la source de lumière et de chaleur qu'ils ont créé, qu'ils veillent et alimentent avec soin. Petite flamme vacillante d'abord au milieu d'une touffe d'herbe sèche, puis flammèche vigoureuse sur une poignée de brindilles qui projette en dansant des ombres sur les parois. Le feu est là, il chauffe ces corps robustes et maltraités, les soulage de la morsure du froid, de l'air saturé d'humidité.
Comment ont pu vivre les anciens sans ce trésor fragile ? Ils en sont fiers. La première fois dans cette tribu le feu est arrivé par l'incendie de la forêt voisine. D'abord, ils ont fuit par la peur, mais en regardant ils ont été fascinés par ces flammes immenses. Puis quand le feu est passé, qu'ils ont ressenti la chaleur, ils découvrent en lisière des formes noirâtres d'animaux asphyxiés et pétrifiés. Puis ils découvrent qu'ils sont cuits, c'est l'odeur âcre puis agréable qui surprend, on ne mangeait que de la chair crue ! L'odeur, ils s'en souviennent.
Puis le feu est parti après une pluie d'orage diluvien. Plus rien de ce mirage, que le souvenir du goût, de l'odeur, de la chaleur et de la lumière dorée dans l'obscur des fumées. La tribu a cherché longtemps le feu. Puis un jour, autre jour d'embrassement de forêt, l'un deux plus téméraire sans doute, curieux et marqué par l'expérience originelle s'est approché des troncs fumant, a trouvé le noir du charbon, la brûlure de la braise et ô miracle la flamme magique dans le creux d'une souche, à l'abri du vent maudit. Pour ne pas se brûler, il a pris des herbes sèches, la flamme a grandi brutalement, le surprenant. Il venait de comprendre comment la faire grandir.
Les temps ont passé. Ils savent faire le feu, c'est leur force !
Mais la tribu s'agrandit, essaime dans le vaste territoire. Les liens se distancient, l'éloignement, les préoccupations des nouveaux lieux, les dangers qui guettent ces nouvelles tribus. Bêtes féroces ou manque de gibier, lieux inconnus à conquérir, hostiles parfois. La question du feu est une question de la survie. Ceux qui le perdent, risquent de se perdre.
Un vieux, un sage qui a vécu l'avènement de la flamme dans cette tribu mère, est sur le point de partir pour le grand voyage avec les esprits anciens et celui des animaux si bien chassés par ses hommes des cavernes. La tribu le sent et fait une cérémonie pour aider le passage prochain. Il faut qu'il nous raconte. Ses souvenirs, ses découvertes, ses peurs, ses joies…
Alors on coupe du bois, ravive la flamme puis on s'assied autour du feu une fois encore, on donne un temps à cette flamme qui bientôt vacillera si on ne l'alimente pas. On fait une place à l'ancêtre du coté où souffle la brise qui pousse la fumée ailleurs. C'est la place d'où l'on peut voir quand on lève les yeux au travers des étincelles orangées du feu les étoiles de cette nuit sans lune. C'est un temps important pour l'ancien et un temps important pour chacun d'entre eux, des enfants aux adultes. C'est dans ces moments là que la conscience naît, que les choix s'opèrent. Les enfants se lovent entre les seins généreux de leur mère, au creux des peaux de bêtes épaisses et douillettes.
Alors on fait griller une bête, belle bête, fière bête qui marquera les narines et les palais pour longtemps. Puis après avoir nourri les ventres, ils seront prêts à entendre, au milieu des cris et incantations coutumières la voix aride de cet aïeul vénérable. Alors on mâche des racines au goût bizarre, des racines qui parlent dans les têtes. Le silence s'installe dans les crépitements de bois, devant les yeux écarquillés et rougis par la fumée, les oreilles à l'affût et les ventres bombés d'après ripaille.
Et le vieux parle, doucement d'abord, en raclant sa gorge pour trouver le ton juste. Puis de vagues gestes chamaniques accompagnent ses mots fluets ou caverneux, donnant l'intensité et la gravité nécessaire pour marquer les esprits. Il parle du feu. Du feu qu'il faut créer, qu'il faut garder. Il parle de ses peurs devant ces changements d'époque où chacun se retourne sur soi. Il raconte ces tribus qui ont perdu la flamme et qui en ont agressé d'autres. Il explique l'apaisement des peuples mangeant la viande cuite et le chaos des mangeurs de chaire crue.
Un nouveau grattement de gorge et solennellement il dit: " Chaire crue c'est tout suite, Chaire crue c'est tout seul, Chaire crue c'est saignant et fétide, Chaire crue ne se garde pas, Chaire crue attise la violence : tu tues et tu manges. … "
Puis, les yeux charmeurs, il ajoute: " Viande cuite demande la patience, alors que le ventre est vide. Viande cuite c'est ensemble, il faut se comprendre. Viande cuite se prépare à l'avance, il faut s'organiser. Viande cuite est chaude dans la bouche et le ventre, Viande cuite est bonne au nez et à la langue, Viande cuite passe des anciens qui savent aux jeunes qui apprennent. Viande cuite se mange en tribu. "
Enfin, dans un semblant de sourire espiègle, il lâche : "Alors, plus de rides au ventre, plus de rides au cœur, plus de rides à la tribu"…
Suspension du temps, de la parole. Sa voix baisse, se fait plus intime, plus secrète sur ce qu'il a compris. Entre deux gestes de mains aléatoires, il a lancé l'idée du partage. Ces yeux montent vers la voûte céleste, il se tait, il partage l'espace, laisse les pensées faire leur chemin, sait qu'il peut partir, cela ne lui appartient plus, il ne parlera plus.
La braise s'assombrit, les enfants se sont endormis dans les peaux de bêtes épaisses et douillettes. Demain, la tribu quittera la région, emportant les paroles de la nuit comme un trésor à ne pas perdre. Ils vont vers l'endroit où se couche le soleil, ignorant les dangers du chemin, fort de leur urne où brûlent quelques braises de la veille. Ils vont rencontrer d'autres tribus inconnues, ne sachant pas si elles seront plutôt "ragoût" ou "tartare" !
(Métaphore pour réfléchir aux Assemblées Générales d'associations)
Posté le 17.03.2007 par leshistoiresderemi
Quand on entre dans la "salle des pendus", celle où les mineurs attachent leurs vêtements à une corde fixée par un cadenas, nos narines respirent l'odeur acre de la mine, l'odeur sèche de la pierre, épaisse de la graisse, capiteuse de la sueur. On entre alors dans le gris, dans l'obscurité des inter-mondes avant d'aller s'y plonger. Le crissement de la poulie aux habits habitue déjà les tympans aux grincements et aux sifflements du long câble qui porte la cage du monte-charge quand elle s'enfonce dans les ténèbres au petit matin, déversant ses mineurs dans les galeries de charbon.
Les premières galeries se sont creusées à la force du poignet, à la sueur du front. Souvent à cette époque les tâches se faisaient en solitaire par la dureté de la roche et par l'exiguïté des goulets. Mettre des étais en chêne, poser les rails obligeaient au travail collectif, mais le plus souvent c'est seul que les mineurs oeuvraient. Seuls que les mineurs creusaient au pic, au marteau et la pelle. Seuls qu'ils poussaient les chariots chargés de matière lourde et obscure.
Depuis la mine s'est modernisée, l'électricité est arrivée jusque dans le fond des tunnels, les marteau-piqueurs et les perforatrices sont entrés dans la danse, sont entrés dans la transe. Les mineurs travaillent en équipe, la tâche est calibrée, standardisée. Les mètres cubes comptabilisés, analysés, rentabilisés. Le calendrier et les horaires maîtrisés. Les maladies répertoriées - du symptomatique mal de dos à la mortelle silicose - répertoriés, contrôlées et soignées !
Mais le monde tourne, le filon de charbon ne promet pas de grand développement, alors on s'ouvre à d'autres matières.
Avant l'écartement des rails était d'un mètre, maintenant il varie suivant la galerie et la matière, alors il faut se mettre d'accord, un mètre, un mètre vingt, un mètre cinquante.
Avant les wagonnets allaient avec les rails : un mètre de large et deux de long et pour pousser un mineur suffisait, maintenant les wagonnets sont devenus wagons et il faut les pousser à plusieurs.
Avant la matière était unique et connut depuis des décennies, maintenant les mineurs dégagent et exploitent des matières liquides qui vous échappent, gazeuses qui vous surprennent tel un serpent, parfois explosives et violentes, comme une mauvaise histoire d'amour.
Et puis dans ces galeries, est-ce le gaz, l'humidité ou la roche, l'électricité par moment montre des faiblesses. Par longue période la lumière fait défaut alors que la matière est dangereuse et qu'il ne faut pas la quitter des yeux. C'est un vrai problème cette lumière.
Alors on discute dans le monte-charge, on discute dans la salle des pendus, on discute dans les bureaux. La matière est noble, elle vaut le coup, elle vaut l'effort et le filon est grand. Les mineurs, fils de mineurs et petits fils de mineurs savent d'où ils viennent, savent par où il a fallut passer pour maîtriser le travail. Les trucs, les tours de main, les dangers du charbon, la solidarité, ils savent. Mais la matière a changé.
Faut-il changer la manière ? Faut-il se mettre d'accord sur l'écartement du rail ? Faut-il revoir le réseau électrique. Faut-il refuser certaines matières ? Pour les mineurs c'est une question d'honneur. Un jour, ils quitteront la mine "tête haute", car quand on est mineur dans cette région on prépare la génération d'après. C'est ça être "tête haute" ici.
Le monte charge émerge des bas-fonds, les cheveux aplatis par le casque, le relief de la peau marquée par la poudre fine et sombre et les grands yeux fatigués, il redressent le buste au moment même où la cabine s'arrête, où la grille s'ouvre en grinçant. Les mineurs mettent le pied à terre et sortent "tête haute", décidés à changer la manière…
(Métaphore pour la cohésion d'une équipe d'enseignants)
Posté le 17.03.2007 par leshistoiresderemi
L'Ouest ! D'abord le désert blond puis ôcre, les cactus gorgés d'eau et hérissés d'aiguillons acérés, la chaleur écrasante et implacable du soleil qui concurrence la brûlure de la chaudière chauffée à blanc. La soif tenaille pendant que les rails déroulent leur parallèle à l'infini traverse après traverse, vers la montagne au loin qui se profile et porte les espoirs d'un filon, d'une rivière aurifère, d'un eldorado...
Le train est robuste. Vingt ans qu'il est sorti de l'usine, vingt ans qu'il parcourt les paysages du Far-west, vingt ans qu'il se frotte aux attaques de gangsters, aux bisons égarés sur la voie, aux embuscades d'indiens criards, aux charges fastueuses de la cavalerie... Ce n'est pas un rapide, pas un express, mais un monstre métallique lourd et infatigable qui peut durer encore dix ans, vingt ans, voir même cinquante à condition de changer une pièce de temps en temps.
Il va vers la mine d'or, vers cette ville qui est sortie de terre dans un endroit où seul les buissons d'épineux roulent à la moindre bourrasque de vent, où le soleil couchant, après une course brûlante, enflamme les hautes falaises. Terre aride, arbres morts, tout juste bons à supporter la corde à nœud et quelques vautours patients. Terre aride, mais terre promise. Les voyageurs de ce train en rêvent depuis longtemps, le bouche à oreille est aussi efficace que les signaux de fumée que l'on aperçoit, inquiet, aux abords de la voie.
Derrière la locomotive à vapeur, le wagon à charbon plein à craquer. La pelle au manche noirci, lisse et brillant n'a pas le temps de refroidir vu l'appétit de la "bête" qu'il faut charger de boulets anthracite sans répit.
Entre les wagons, les mâchoires des attaches grincent, puis hurlent quand arrive la moitié du parcours. La graisse épaisse mise au départ a fondu au soleil, désintégrée par la poussière, éliminée par les frottements. Mais pas le temps de s'arrêter en route, la lenteur du voyage sacrifie les pauses qu'on imagine superflues. Du cambouis à chaque départ et des constats de dégradation à l'arrivée, de toute façon les hurlements des crochets ne s'entendent pas de la locomotive, seuls les passagers s'y habituent progressivement, imaginant ses grincements stridents comme normaux. Ce train n'a jamais abandonné sa destination, c'est sa réputation à l'Est.
Après le wagon à charbon, ceux des voyageurs, provenant de plusieurs usines, wagons hétérogènes mais compatibles. Le confort y est sommaire. Des banquettes en bois, des rideaux aux couleurs passées, des fenêtres patinées par la fumée et la poussière du désert, des paniers à bagages, en grillage, capables de porter des malles, des pioches, des batées flambant neuf, des couvertures, des gourdes recouvertes de toile grise et autres matériels indispensables à l'orpaillage. Voyageurs et bagages, conducteur, mécaniciens en chemin vers une même destination. Une odeur âcre, mélangeant cuir graissé, sueur et charbon calciné prend aux narines quand on entre en plein après midi dans ces wagons.
Les voyageurs s'entassent avec leurs bagages pour l'aventure, la richesse peut être, les frissons sûrement, les bons ou mauvais coups parfois. Les mécaniciens jouent les contrôleurs, aident le conducteur, protègent les voyageurs des larcins,... Ici la polyvalence est de mise, chacun peut compter sur l'autre.
La ligne de chemin de fer s'arrête pour le moment dans cet endroit improbable, mais la compagnie n'a pas fini son tracé, quelques secrètes envies ou nouveaux défis fleurissent dans les têtes.
Alors il faut pour continuer, réfléchir au relief de la région qui se relève et se révèle comme un beau défi. Se méfier des territoires mal famés et les contourner. Négocier avec les chefs indiens. Et puis, il y a besoin d'organiser les gares, les postes de ravitaillement en eau, en charbon. Besoin aussi de revoir les étapes, pour vérifier la mécanique, graisser les crochets d'articulation, améliorer l'information vers les voyageurs, augmenter l'équipe de mécaniciens et du coup la réorganiser. S'assurer de la proximité et de la surveillance par la cavalerie, trouver des chasseurs de têtes quand la contrée est trop hostile, pour se consacrer qu'à la bonne marche du train.
Et puis relever le standing, permettre à des passagers plus mondains de voyager en sécurité, avec un minimum de confort. Le filon d'origine étend généreusement ses veines, la région va se peupler inéluctablement, il faut être prêt. L'or attire l'argent !
La compagnie est à l'Est et le bout du chemin à l'ouest. Elle a dépêché un géomètre et l'a chargée de mettre en œuvre ce changement important. La concurrence d'une compagnie du Nord menace, il faut réagir... Réagir, mais pas n'importe comment, la conquête de l'Ouest doit être porteuse des valeurs de cette nouvelle nation et d'un projet durable.
(Métaphore pour le développement d'une organisation)
Posté le 17.03.2007 par leshistoiresderemi
Un beau château !
De grandes salles, hautes de plafond, sentant bon les boiseries cirées.
Aux murs des tableaux de maîtres représentant les glorieux militaires, les explorateurs audacieux, les célèbres religieux qui habitent l'arbre généalogique familial.
Des tapis au sol qui continuent leur chemin dans les escaliers larges et éclairés par des lustres aux miroiteries éclatantes.
Un bel endroit !
Le maître des lieux vit en haut, dans des appartements spacieux où le parquet craque, où la voix résonne, où le feu crépite dans la cheminée.
De la haut, en sirotant un Belleys, il peut voir son domaine, sa pièce d'eau, sa forêt de feuillus au troncs élancés, son parc vallonné où vivent paisiblement des animaux exotiques ramenés de voyage par son grand père.
Un homme qui a parcouru le monde, passionné de nature.
Plus bas, des espaces moins luxurieux, mais néanmoins utiles au bon fonctionnement de la propriété.
Des pièces de rangements, de stockage. Puis des pièces où l'on prépare la nourriture et les soins de ses animaux venant des cinq continents.
Plus loin, après la pièce d'eau, on aperçoit le toit des dépendances où il paraît que l'on héberge des journaliers pour les travaux divers.
Nourrir les animaux et les soigner ! Voilà la belle affaire.
Le majordome se charge depuis de longues années de gérer cette "Arche de Noë" campagnarde.
Trouver à chaque espèce un espace ressemblant à son continent lointain, en tous cas pour que l'œil du visiteur se transporte dans cette nature tropicale ou sibérienne. Disposer des blocs de pierre, des troncs d'arbre, ici une cascade, là une grotte. Créer un paysage rompant la monotonie.
Séparer les carnivores des herbivores.
Surprendre au détour d'un chemin le marcheur par une espèce rare ou majestueuse…
Cette mission s'est construite au fur et à mesure de l'arrivée de nouveaux animaux locataires et les remaniements sont finalement assez rares.
Ce qui est moins rare et plutôt quotidien c'est de les nourrir.
Et là le majordome seul ne peut y arriver.
Trop d'espèces différentes, trop d'espaces à courir.
Et puis un fauve d'Afrique ne mange pas de la même façon qu'un autre venant d'Asie.
Il faut des connaissances particulières, des aliments adaptés…
La cuisine du parc animalier n'a rien a envier à celle du château.
D'ailleurs, le chef cuisinier vient régulièrement voir son collègue, prendre le thé au soleil !
De longues conversations suivies de fines observations permettent à ces deux spécialistes de créer des mélanges originaux qui ravissent les papilles et les yeux, tantôt du maître, tantôt du fauve !
Les équipes du majordome coupent, hachent, épluchent quantité de quartiers de viandes, de fruits colorés et de légumes croquants qu'ils distribuent du matin au soir, dans un ordre strict commençant par les fauves, car leur rugissements sont de grand facteurs de stress pour les herbivores et finissant par les reptiles qui peuvent attendre plusieurs jours leur pitance, et qui surtout sont sourds.
Les nourrir et les soigner !
Les soigner !
Là, ça se complique.
Un cheval, une vache facile !
Un ours, un loup passent encore !
Mais quand un crocodile ou un manchot tombent malade, un papillon ou un colibri défaillent alors là, c'est délicat.
Les nuits blanches du majordome viennent de là, c'est sûr.
Pour le moment avec ses équipes, il a toujours fait face.
Réparer une fracture oui, isoler un animal malade oui.
Mais trouver le remède à l'intoxication d'une tortue, à la myxomatose d'un walibi, là non.
Soit des insomnies, soit des cauchemars.
Parfois, des guérisons miraculeuses surgissent sans savoir pourquoi !
Le matin même un magot du Maroc, petit singe qui habitent dans les forêts de cèdres au sud de Fès, se tord de douleurs, agresse ses congénères qui à leur tour le blessent.
Le majordome est appelé.
Il observe, le met en quarantaine, cherche désespérément une solution, retourne à ses encyclopédies, dit son désarroi au chef cuisinier du domaine, écoute à peine un des journaliers qui lui conseille, avec un fort accent, de faire boire du cumin à son singe, file sur son ordinateur, consulte le site du muséum d'histoire naturelle, retourne voir le singe avec sa carabine hypodermique et le trouve calme, jouant à travers sa cage avec les autres primates, devant les yeux rayonnants du journalier !
C'est à n'y rien comprendre !
Ce soir, une nouvelle insomnie le guette.
- Sur le site du Muséum, il a vu un message d'alerte pour une nouvelle encéphalo-spongiforme venant de l'hémisphère sud qui a déjà ravagé des parcs animaliers.
- En plus, depuis quelques temps, certains journaliers menacent de faire grève à cause des conditions de travail !
Il se demande de quoi va être fait demain, comment s'y préparer ?
Il espère que la nuit lui portera conseil
(Métaphore pour accompagner une politique jeunesse locale)
Posté le 17.03.2007 par leshistoiresderemi
Pour nous aider à travailler aujourd’hui, je vous propose d’abord de partir en voyage. Un voyage d’île en île. Un voyage d’ethnologue. Nous sommes ethnologues.
Nous embarquons sur une belle goélette et la place que je vous propose est en haut du mât pour mieux voir. La mer est calme, le ciel dégagé et la bonne humeur règne sur l’embarcation. Sur la carte marine, nous avons repéré trois îles, sur notre route : l’île du Corail, l’île de la Palmeraie et l’île de l’Antre. Elles sont peu éloignées les unes des autres, mais d’après ce que l’on sait, suffisamment pour que les populations ne se connaissent et communiquent entre elles.
Dans leurs carnets de voyage, les aventuriers décrivent ces îles comme grandes, belles, aux forêts luxuriantes, aux plages de sable fin plantées de palmiers ombrageux et aux grottes profondes, fraîches et obscures. Les habitants sont considérés comme chaleureux, accueillants, à la peau dorée et au sourire naturel.
Ils vivent de pêche, de chasse et de cueillette. L’autarcie règne, tout est huilé depuis la nuit des temps. Ces îles sont loin de tout et la civilisation que nous appelons moderne n’est pas parvenue jusqu’ici. Ce sont des terres vierges, retirées du monde, retirées du temps. A la lecture de ces récits, on pourrait imaginer que ces îles sont semblables, copie conforme les unes des autres. Mais, notre voyage va nous faire découvrir des choses curieuses.
Le cadre de vie se ressemble, mais les habitudes des populations ne sont pas toutes les mêmes. Dans les récits de campagne d’un ethnologue célèbre du siècle dernier (notre père à tous, nous sommes ethnologues), nous découvrons qu’en matière d’alimentation et de préparations culinaires les approches diffèrent profondément. Mais de cela, le chercheur n’est pas surpris. Il l’explique par l’éloignement des îles, par les ressources locales et les croyances à des divinités provenant de la mer pour les uns, de la forêt pour d’autres, ou des grottes pour les derniers. Ce qui surprend notre ethnologue c’est que la bonne santé règne apparemment sur chacune des îles et que les centenaires y seraient légion. Hélas, le constat de l’ethnologue s’arrêtera là, car un requin peu élégant, irrévérencieux, inculte et affamé l’a empêché d’aller plus loin dans ses investigations.
Et c’est le but de notre voyage. Continuer l’étude de ces populations sur ces îles. Laboratoire vivant. Nous serons des observateurs discrets comme le veut la tradition et la règle de notre école.
Sur la première, l’île du Corail, les habitants sont tournés vers la mer, mais pas la mer lointaine, celle du lagon. Au-delà c’est trop rude, malfamé et agité. La mer est abondante en poissons, crustacés multicolores et en algues gluantes très recherchées car très goûteuses. Les poissons sont mangés crus ou séchés et roulés dans des algues, les crustacés grillés. Les dattes et noix de coco offrent le sucre. Dans la forêt on y va pas ! Elle est peuplée de monstres hurlants et l’obscurité des sous bois effrayent ces marins de lagunes. Certaines années sont plus difficiles pour se nourrir. La mer est parfois ingrate et la peur de la forêt provoque la famine qui décime la population.
Sur la seconde, l’île de la Palmeraie, la mer est inaccessible, ou alors qu’à quelques endroits exposés aux embruns, escarpés et terrifiants. C’est donc la forêt qui est occupée par la peuplade locale. Les arbres sont sacrés et vénérés lors de rites joyeux. Chacun d’entre eux connaît les fruits juteux et sucrés, les plantes vénéneuses. Chacun se méfie des serpents et autres animaux poilus, piquants, répugnants… La chasse est un art que l’on apprend en famille. Les viandes sont le plus souvent cuites au feu de bois ou dans l’eau. On les mange avec des fleurs et des fruits au goût poivré ou amer, sucré ou acide. Parfois certaines années sont plus difficiles pour se nourrir. La forêt est parfois ingrate et la peur de la mer provoque la famine qui décime la population.
Sur la troisième, l’île de l’Antre, les îliens sont peu portés vers la mer ou la forêt. Bien que ces milieux ne leurs fassent pas très peur, ils préfèrent les grottes. Il y fait frais, on y est à l’abri quand le cyclone gronde, l’eau douce y est abondante, les chauves-souris succulentes (et contrairement à une idée reçue, surtout les membranes). Les plantes grimpantes accrochées aux falaises extérieures leurs offrent de gros fruits gorgés d’eau et de soleil. Et la position dominante de l’entrée de la grotte leur donne une vue dégagée sur le large et sur l’île. Certaines années sont plus difficiles pour se nourrir. Les chauves-souris meurent de maladie, la mer est trop éloignée et la forêt mal connue. Tout cela provoque la famine qui décime la population.
Nous parcourons ces trois îles, collectant des plantes, moulant des empreintes, explorant des cavités, des criques, la canopée. Les techniques de pêche de chasse et de cueillette sont inscrites dans nos carnets, les recettes testées. Le trésor ethnologique de nos découvertes nous enthousiasme et nous débattons sans fin, le soir tombant autour du feu, fumant un bout de liane qui nous met parfois en contact avec leurs divinités ! Nous prenons conscience que chaque île a sa richesse en ressources locales, en méthodes émanant de la tradition millénaire… et puis parfois, tard dans la nuit, peut être à cause des lianes ou de certaines épices, l’idée vient de réunir ces trois approches pour éviter ces famines désastreuses.
Evidemment, notre voyage intrigue ces insulaires et notre déontologie en souffrira profondément. Ce qui est grave, c’est que le cours naturel des choses et les coutumes séculaires s’effritent et se transforment sous nos yeux, malgré nous et malgré les divers protocoles mis en place.
Ceux de l’île du Corail, sachant que nous allons vers les deux autres, s’intéressent aux carnets de relevés et découvrent que les autres peuplades ne vivent pas comme eux. Cela les intrigue, les questionnent. Certains d’entre eux veulent embarquer avec nous. Ce que nous refusons, c’est déon-tolo-giquement inacceptable ! Après coup, nous ne sommes pas certains que des clandestins n’aient pas embarqués !
Ceux de l’île de la Palmeraie entendent nos conversations sur les découvertes de notre étape précédente et prêtent l’oreille, nous interrogent, s’approchent de nos vivres, nous regardent manger,… Ils sont agités la nuit et nous pensons même qu’ils pratiquent des plats à base de produits jamais utilisés jusque là ! Il y a des odeurs suspectes qui ne trompent pas.
Ceux de l’île de l’Antre, qui ne sont pas né du dernier cyclone, nous accueillent les bras ouverts, nous parlent de l’explorateur du siècle dernier, celui qui aimait le poisson et qui leur avait déjà parlé des autres îles. Il leur avait dit qu’il reviendrait, mais ils l’attendent toujours. Pour eux, il serait important de rencontrer les autres peuplades. Cette idée a fait son chemin depuis la disparition prématurée de l’ethnologue, mais ils n’ont pas les moyens de se déplacer sur ses mers incertaines, hostiles et parfois déchaînées, au-delà de la lagune. Ils nous implorent pour les aider à éliminer les famines.
Et voilà, nous en sommes là devant cette demande, avec nos connaissances…
(Métaphore pour construire un réseau)
Posté le 17.03.2007 par leshistoiresderemi
Le jour où l'on m'a demandé de préparer ce travail autour d'un réseau , j'ai laissé flotter ma réflexion, me demandant comment j'allais aborder cela. Un peu plus tard, rentrant chez moi et traversant la ville, je vois des affiches annonçant le passage d'un cirque. Sur ces affiches je découvre des artistes que j'ai connu autrefois.
Il y a 26 ans, j'en avais 18, je suis parti travailler dans un cirque comme électricien. Le cirque dont je vous parle c'était celui d'Achille Zavatta. J'avais 18 ans, il en avait 63. Il démarrait un nouveau projet : un grand chapiteau, son premier. Cette affiche m'a replongé dans cette ambiance et cette ambiance bizarrement m'a fait penser à vous ! Je me suis rappelé du spectacle et de ce qui l'entourait, et je pris conscience qu'un beau spectacle ça ne voulait pas dire la même chose qu'on soit artiste, monteur ou spectateur. Et c'est ça que j'ai envie de vous raconter maintenant.
Pour les chauffeurs, un beau spectacle c'est quand ils arrivent le matin avant l'aube, quand la ville dort et qu'ils s'installent sans bruit sur la place, rangeant les semi-remorques les uns derrière les autres, les plus beaux devant, autour de l'espace où tout à l'heure se montera le chapiteau.
C'est le soir, à la tombée de la nuit, quand les guirlandes lumineuses éclairent leurs camions multicolores et que l'on perçoit derrière eux les clameurs du spectacle. Camions bien rangés, puissants, rutilants qui brillent et en imposent ! Remparts à franchir pour pénétrer dans cette ville itinérante, pour partir en voyage immobile, pour entrer en féerie.
Un beau spectacle pour les monteurs c'est autre chose. C'est le bitume du matin qui n'est pas trop dur, pour pouvoir montrer aux badauds curieux, la valse régulière et puissante des masses, quant à huit ils enfoncent un pieu. Un beau spectacle, c'est quand les mats s'élèvent lentement, délivrés de leur pesanteur par les tirforts monstrueux.
C'est quand, après l'avoir déchargé de la remorque, ils déroulent et étendent la toile du chapiteau au milieu de la place. Quand ils passent les lacets dans les œillets pour attacher les différents morceaux de toile avant de la suspendre aux câbles qui l'élèveront vers le ciel, telle la robe monumentale d'une belle femme qui sera accueillante ce soir !
Un beau spectacle c'est encore après la représentation, quand celle-ci continue par le démontage des gradins avant que tous les spectateurs aient eu le temps de sortir, par la mise à terre des piquets, de la toile et des mâts. C'est encore quand, vers deux heures du matin, ils peuvent aller boire un dernier verre avant de s'écrouler sur la couchette du camion pour un court sommeil qui les conduira à l'étape suivante.
Un beau spectacle pour certains monteurs et chauffeurs, c'est quand ils troquent leur bleu crasseux pour la tenue flamboyante et dorée de pisteur. Quand ils apparaissent sur la piste auprès des artistes, devenant par cette proximité et cet habit, artistes eux-mêmes. Quand ces deux heures de scène leur font oublier les courbatures, le cambouis, les coups de gueule… et les font devenir hidalgo pour les spectatrices.
Pour les électriciens, un beau spectacle c'est quand le matin, les monteurs n'ont pas trop bu la veille, pour que le montage du cirque ne dure pas la journée. C'est quand toutes les caravanes sont branchées, à commencer par celle d'Achille ; quand les cuves du chauffage et des groupes électrogènes sont pleines de fuel. Quand tous les câbles électriques sont déroulés sur la place et dans le chapiteau tels les veines et artères de ce corps magnifique qui vibre du matin au soir.
Un beau spectacle d'électricien, s'est quand la nuit tombe et que leur savoir-faire éclate à la ronde : les guirlandes multicolores, les lampadaires perchés en haut des quatre mâts, le ronronnement des groupes électrogènes.
Et puis, évidemment c'est quand le public s'amasse sous le chapiteau autour de la piste. Quand l'électricien joue avec les lumières : de l'auréole de la poursuite sur la gracieuse trapéziste, aux pleins feux sur un numéro de monocycle ou de lions. De la lumière neutre aux éclairages colorés créant des ambiances particulières. De l'obscurité pour faire naître le suspens, l'inattendu ; pour faire monter la tension.
Un beau spectacle pour l'électricien c'est encore quand le son et la musique résonnent juste, sous le chapiteau. Quand le cirque s'installe dans un pré, le son créer l'intimité, quand il s'installe sur du ciment le son devient bruit difficile à maîtriser, mais c'est là qu'on voit l'expert !
Un beau spectacle pour un artiste, c'est quand les muscles sont préparés, quand le public est réceptif, que les admiratrices rêvent de ces voyageurs perpétuels, leur corps d'athlète ou que les admirateurs se régalent des belles femmes aux habits de lumières, aux sourires généreux.
Un beau spectacle pour le dompteur, c'est quand ses fauves ont bien mangé avant le numéro (et non pendant), quand le matériel de voltige a été vérifié pour le trapéziste. C'est quand le clown ou l'illusionniste ont préparé leurs effets de surprise, petites ou grosses ficelles. Un beau spectacle, c'est déjà le prochain pour la famille d'artistes. Quand ils se sont tous entraînés l'après midi au nouveau numéro pour la saison suivante.
Un beau spectacle pour le directeur, c'est quand les affiches ont précédé leur arrivée. Quand la parade peut passer en centre ville pour attirer les amateurs. Quand l'emplacement du cirque est au cœur de la cité.
Un beau spectacle pour le directeur, c'est quand il y a des numéros originaux, spectaculaires, internationaux, uniques, pas chers et … des loges, des gradins pleins à craquer.
Mais c'est surtout quand les chauffeurs, les monteurs, les électriciens et les artistes travaillent ensemble, chacun à sa place sur la piste ou derrière le rideau, concentrés vers un projet unique, le spectacle de ce soir,… qui les nourrira tous !
(Métaphore pour la cohésion d'une équipe)
Posté le 17.03.2007 par leshistoiresderemi
Quand on m'a demandé de réfléchir sur le thème de cette journée "Comment travailler ensemble au bénéfice de tous les jeunes", en remontant chez moi en Chartreuse dans ma voiture, j'ai pensé à cette idée de territoire, de travail commun, d'expériences et de savoir-faire et arrivé à la maison machinalement je suis allé dans mon jardin. Souvent, je vais à mon jardin quand je rentre du travail. C'est un jardin après l'hiver, un peu en bataille. Mais il fait beau, ça sent bon, c'est le printemps, l'air est frais et le soleil chauffe déjà fort. Un peu plus loin au fond du prés, il y a le ruisseau qui coule.
Mon jardin, c'est une longue histoire. C'est un petit terrain entouré de framboisiers, adossé au talus près de la maison, à l'abri du vent et bien exposé. Voilà pour le lieu, mais il y a aussi une autre dimension, celle du temps : le temps qu'il fera, le temps du travail annuel du printemps à l'automne et aussi le temps de l'expérience de plusieurs années.
La première fois que j'ai jardiné c'est à cause de mon voisin. Au printemps, je le vois s'agiter. il gratouille, bêche, ratisse… alors il me donne envie d'essayer. Donc j'achete un outil ou deux, quelques graines, quelques plants et me voilà parti pour faire pousser de beaux légumes gorgées d'eau, des salades craquantes et des herbes odorantes. Donc, à mon tour je retourne la terre puis je sème et je plante. De l'eau, du soleil il n'y a plus qu'à attendre c'est assez simple. Le soleil donne et les salades poussent ! Mais les limaces arrivent avant moi ! Alors le voisin me dit de mettre des granules bleus pour protéger mes salades. Je ne savais pas qu'il fallait protéger ! Alors je mets les granules et les salades pomment.
Le 2ème année, je plante des fraisiers. La neige vient de fondre, le sol se réchauffe. Le voisin me dit "si tu plante des fraisiers il va falloir les protéger du gel, mets un voile". Il a raison, quinze jours après, la neige tombe et le froid reste un long moment. Un autre conseil qu'il me donne c'est de mettre du fumier pour enrichir le sol. Les légumes : il me dit, c'est comme les jeunes, il leur faut de l'énergie et si on aide pas le sol, il s'épuise. Alors je mets du fumier et j'ai de beaux radis, des beaux poireaux. J'oublie pas les granules et j'oublie pas biner car "3 binages valent 1 arrosage !" J'ai un sacré voisin !
La 3ème année j'ai envie de légumes différents. Des poivrons, des aubergines, des tomates… pour faire de bonnes ratatouilles. Mais en montagne c'est impossible à moins d'une serre. Donc j'en fais une. La terre y est noire, fine et légère, le soleil est bienvenu et il fait vite chaud. J'installe de grands tuteurs, bien solides pour permettre à ces jeunes plants de grandir dans de bonnes conditions et de faire des fruits colorés et parfumés. Et puis dans la serre, tous les semis y passent un moment pour démarrer dans la vie. C'est l'étape qui garantie la réussite. Mais il y a toujours quelques limaces, papillons et autres parasites qui forcent quand même l'entrée. Même là il faut protéger.
La 4ème année. Une nouvelle découverte. Un trésor ou un esprit bienveillant, le compost. L'année précédente dans un magazine j'ai découvert que tous les déchets végétaux peuvent être recyclés et constituent un engrais de grande qualité. Alors tout le monde est assigné à la maison pour trier les déchets. Au jardin, je fais de même. J'aime bien l'idée que l'expérience d'hier passe d'une année sur l'autre, comme une mémoire des plantes et des aventures. Un passage d'énergie de la génération précédente à la génération présente. Les légumes seront encore meilleurs !
L'année dernière, ma femme me dit qu'elle mettrait bien des fleurs dans ce jardin. J'ai jamais pensé à un truc pareil ! Les fleurs je les vois bien dans les prés, en montagne mais dans mon jardin ? Elle met des soucis, des centaurées, du myosotis près des framboisiers pour éloigner les vers, et surtout elle met des tâches de couleurs au milieu des plants, au bord des allées. Ce jardin devient présentable, il donne envie de le faire voir. Et mes garçons, qui veulent participer me font des pancartes pour dire ce qui pousse dans ce carré ou dans cet autre. Ça devient un jardin collectif, le voisin, moi, ma femme, mes gosses, les livres, le marchand de graines… et les visiteurs.
Cette année, je me suis dit "Comment jardiner de façon élégante pour obtenir de beaux légumes". Ça demande de réfléchir, de faire le point des connaissances, des expériences, ça demande de ne pas se précipiter ! Et puis j'ai pris conscience de plusieurs trucs :
- Qu'il faut passer beaucoup de temps à protéger, mais ce temps me permet de connaître parfaitement mes plantes. Et de réagir quand il est encore temps.
- Qu'il faut combiner les engrais, les insecticides, le fumier et la surveillance journalière.
- Qu'il faut connaître les lois de la nature pour en utiliser les bénéfices sans agresser par des traitements lourds en conséquences écologiques.
- Que les fleurs, les décorations ont leur place dans mon jardin et même que quand je mange ma récolte j'ai en tête l'image coloré de mon potager !
Cet été mon jardin sera beau et mes récoltes fructueuses ! D'ailleurs, l'Almanach du Vieux Savoyard a dit qu'au jardin, cette année serait exceptionnelle pour qui saurait déjouer les intempéries et les envahisseurs !
Je me sens prêt !
Et vous ?
(Métaphore pour le travail en commun de deux services institutionnels)