Aux portes du désert, dans une lointaine cité saharienne, on trouve les échoppes de caravaniers en partance pour les méharées.
Les voyageurs louent des équipes de chameliers et de dromadaires, ainsi que la nourriture et l'équipement nécessaire pour ce voyage grandiose et déroutant. Les voyageurs ont le choix : chaque caravane a ses spécialistes, suivant la durée du voyage et la destination. Des voyageurs, il y en a de plus en plus…
Certains caravaniers ont des entrepôts gigantesques et superbes que l'on voit de loin. Ils haranguent le client, ont des costumes flamboyants. "Être vu, être entendu, être connu" : les clients se présentent nombreux. D'autres caravaniers s'occupent moins de l'échoppe que de leur savoir-faire, ils ne crient pas, mais comptent plutôt sur le "bouche à oreille" pour attirer le chaland. C'est ce savoir-faire et son bas prix qui m'ont amené chez eux.
Je pars pour la grande traversée. Au départ, les dromadaires sont chargés… Chargés d'eau pour une semaine avant le prochain puit,… Chargés de nourriture,… Chargés des sacs, des tentes, des matelas… Nourris … Nourris de quelques branches d'arbustes secs et rabougris, de quelques poignées de blé et abreuvés quand la tâche est finie, au prochain puit.
Nous partons. J'admire ce paysage magnifique et totalement nouveau : le sable à l'infini, le pas lent du dromadaire, l'immensité de l'horizon, les courbes sensuelles que forment les dunes, le chant mélancolique des chameliers, la finesse du sable doré, la douce chaleur du jour, la fraîcheur et la voûte étoilée de la nuit…
Au bout de quelques jours, après m'être absorbé de cette ambiance particulière, mon attention se porte vers les chameliers. Ils portent tous un chech blanc, noir ou crème, c'est un vrai signe distinctif, un uniforme.
Pour le reste on voit de tout. Les anciens portent des habits fatigués. Il semble qu'ils les portent tout le temps, au travail ou au repos contrairement aux plus jeunes, qui une fois le travail fini remettent les "nike", le blouson et le téléphone portable ! Les anciens ponctuent leur journée de prières, ils ne boivent pas d'alcool. Les plus jeunes ne dédaignent pas de partager un verre, oublient ou reportent à plus tard la prière.
Mais ce sont tous des chameliers chevronnés, proches de nous. Ils nous accompagnent et nous expliquent cet environnement fascinant. Ils nous préparent les repas ; font cuire la galette, le couscous ou la chorba ; nous servent le thé et nous parlent de leur pays, le soir autour du feu…
Un bon chamelier est celui qui a des dromadaires en forme et un chamelier riche est celui qui compte un nombre important de traversée…
Les jeunes qui aimeraient devenir chameliers, un jour ou l'autre, entendent parler de cette caravane, ils viennent nombreux ici pour apprendre et acquérir ce savoir-faire dont on parle à l'autre bout du désert.
Apprendre et acquérir... Apprendre à conduire les dromadaires, apprendre à naviguer de puits en puits sous le soleil de plomb ; apprendre à faire cuire la galette de blé à même le sable, apprendre à chasser le lièvre pour améliorer l'ordinaire ; apprendre à s'orienter pendant la tempête quand le sable vole à l'horizontal, à défier les scorpions ; apprendre à rassurer les passagers dans ce milieu qui peut devenir hostile de jour comme de nuit.
Apprendre est déjà un début de trésor pour un apprenti chamelier et constitue un solide savoir-faire pour un client.
Un soir autour du feu, en buvant le thé, un berger m'a raconté que dans certaines caravanes les apprentis viennent apprendre et repartent aussitôt, et qu'il faut sans cesse en former de nouveaux. Les jeunes apprentis partent attirés peut être vers d'autres caravaniers, ceux qui parlent fort, en costumes flamboyants dans les entrepôts gigantesques et superbes. Personne n'en est vraiment sûr, on ne sait pas ce qui se passe chez les autres caravaniers.
Le berger connaît depuis longtemps les chameliers et dans ce pays chacun d'eux pense que son savoir-faire constitue un trésor à protéger. Le berger me dit aussi que chaque chamelier pense que ce trésor n'est pas assez important. Alors, il fait travailler les autres à son accroissement, mais il lui faut veiller, surveiller pour en éviter l'hypothétique dispersion. Les chameliers ont souvent l'air fatigué et seul me dit encore le berger.
Plus tard, en fin de soirée, à l'heure où les gerboises sortent furtivement de leur terrier, le berger me raconte une étrange histoire qu'il tient de son grand-père. Celles de deux hommes qui errent dans le désert sans eau. Lorsque par hasard ils se croisent, ils se font croire qu'ils ont de l'eau dans l'espoir que l'autre partagera la sienne. Aucun ne peut étancher sa soif.
Cette nuit là, j'ai vu ces deux hommes en rêve …
Demain nous partons vers l'oasis que nous atteindrons dans huit jours, mais entre temps nous risquons peut être une tempête de sable m'a dit le berger…
(Métaphore pour accompagner un cabinet d'avocats d'affaires dans une démarche de cohésion et de développement)