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leshistoiresderemi
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Métaphores créées pour accompagner équipes ou organisations dans leur développement...
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Date de création :
17.03.2007
Dernière mise à jour :
26.06.2007
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10 - Ethnologie sur île flottante

10 - Ethnologie sur île flottante

Posté le 17.03.2007 par leshistoiresderemi
Pour nous aider à travailler aujourd’hui, je vous propose d’abord de partir en voyage. Un voyage d’île en île. Un voyage d’ethnologue. Nous sommes ethnologues.

Nous embarquons sur une belle goélette et la place que je vous propose est en haut du mât pour mieux voir. La mer est calme, le ciel dégagé et la bonne humeur règne sur l’embarcation. Sur la carte marine, nous avons repéré trois îles, sur notre route : l’île du Corail, l’île de la Palmeraie et l’île de l’Antre. Elles sont peu éloignées les unes des autres, mais d’après ce que l’on sait, suffisamment pour que les populations ne se connaissent et communiquent entre elles.

Dans leurs carnets de voyage, les aventuriers décrivent ces îles comme grandes, belles, aux forêts luxuriantes, aux plages de sable fin plantées de palmiers ombrageux et aux grottes profondes, fraîches et obscures. Les habitants sont considérés comme chaleureux, accueillants, à la peau dorée et au sourire naturel.

Ils vivent de pêche, de chasse et de cueillette. L’autarcie règne, tout est huilé depuis la nuit des temps. Ces îles sont loin de tout et la civilisation que nous appelons moderne n’est pas parvenue jusqu’ici. Ce sont des terres vierges, retirées du monde, retirées du temps. A la lecture de ces récits, on pourrait imaginer que ces îles sont semblables, copie conforme les unes des autres. Mais, notre voyage va nous faire découvrir des choses curieuses.

Le cadre de vie se ressemble, mais les habitudes des populations ne sont pas toutes les mêmes. Dans les récits de campagne d’un ethnologue célèbre du siècle dernier (notre père à tous, nous sommes ethnologues), nous découvrons qu’en matière d’alimentation et de préparations culinaires les approches diffèrent profondément. Mais de cela, le chercheur n’est pas surpris. Il l’explique par l’éloignement des îles, par les ressources locales et les croyances à des divinités provenant de la mer pour les uns, de la forêt pour d’autres, ou des grottes pour les derniers. Ce qui surprend notre ethnologue c’est que la bonne santé règne apparemment sur chacune des îles et que les centenaires y seraient légion. Hélas, le constat de l’ethnologue s’arrêtera là, car un requin peu élégant, irrévérencieux, inculte et affamé l’a empêché d’aller plus loin dans ses investigations.

Et c’est le but de notre voyage. Continuer l’étude de ces populations sur ces îles. Laboratoire vivant. Nous serons des observateurs discrets comme le veut la tradition et la règle de notre école.

Sur la première, l’île du Corail, les habitants sont tournés vers la mer, mais pas la mer lointaine, celle du lagon. Au-delà c’est trop rude, malfamé et agité. La mer est abondante en poissons, crustacés multicolores et en algues gluantes très recherchées car très goûteuses. Les poissons sont mangés crus ou séchés et roulés dans des algues, les crustacés grillés. Les dattes et noix de coco offrent le sucre. Dans la forêt on y va pas ! Elle est peuplée de monstres hurlants et l’obscurité des sous bois effrayent ces marins de lagunes. Certaines années sont plus difficiles pour se nourrir. La mer est parfois ingrate et la peur de la forêt provoque la famine qui décime la population.

Sur la seconde, l’île de la Palmeraie, la mer est inaccessible, ou alors qu’à quelques endroits exposés aux embruns, escarpés et terrifiants. C’est donc la forêt qui est occupée par la peuplade locale. Les arbres sont sacrés et vénérés lors de rites joyeux. Chacun d’entre eux connaît les fruits juteux et sucrés, les plantes vénéneuses. Chacun se méfie des serpents et autres animaux poilus, piquants, répugnants… La chasse est un art que l’on apprend en famille. Les viandes sont le plus souvent cuites au feu de bois ou dans l’eau. On les mange avec des fleurs et des fruits au goût poivré ou amer, sucré ou acide. Parfois certaines années sont plus difficiles pour se nourrir. La forêt est parfois ingrate et la peur de la mer provoque la famine qui décime la population.

Sur la troisième, l’île de l’Antre, les îliens sont peu portés vers la mer ou la forêt. Bien que ces milieux ne leurs fassent pas très peur, ils préfèrent les grottes. Il y fait frais, on y est à l’abri quand le cyclone gronde, l’eau douce y est abondante, les chauves-souris succulentes (et contrairement à une idée reçue, surtout les membranes). Les plantes grimpantes accrochées aux falaises extérieures leurs offrent de gros fruits gorgés d’eau et de soleil. Et la position dominante de l’entrée de la grotte leur donne une vue dégagée sur le large et sur l’île. Certaines années sont plus difficiles pour se nourrir. Les chauves-souris meurent de maladie, la mer est trop éloignée et la forêt mal connue. Tout cela provoque la famine qui décime la population.

Nous parcourons ces trois îles, collectant des plantes, moulant des empreintes, explorant des cavités, des criques, la canopée. Les techniques de pêche de chasse et de cueillette sont inscrites dans nos carnets, les recettes testées. Le trésor ethnologique de nos découvertes nous enthousiasme et nous débattons sans fin, le soir tombant autour du feu, fumant un bout de liane qui nous met parfois en contact avec leurs divinités ! Nous prenons conscience que chaque île a sa richesse en ressources locales, en méthodes émanant de la tradition millénaire… et puis parfois, tard dans la nuit, peut être à cause des lianes ou de certaines épices, l’idée vient de réunir ces trois approches pour éviter ces famines désastreuses.

Evidemment, notre voyage intrigue ces insulaires et notre déontologie en souffrira profondément. Ce qui est grave, c’est que le cours naturel des choses et les coutumes séculaires s’effritent et se transforment sous nos yeux, malgré nous et malgré les divers protocoles mis en place.

Ceux de l’île du Corail, sachant que nous allons vers les deux autres, s’intéressent aux carnets de relevés et découvrent que les autres peuplades ne vivent pas comme eux. Cela les intrigue, les questionnent. Certains d’entre eux veulent embarquer avec nous. Ce que nous refusons, c’est déon-tolo-giquement inacceptable ! Après coup, nous ne sommes pas certains que des clandestins n’aient pas embarqués !

Ceux de l’île de la Palmeraie entendent nos conversations sur les découvertes de notre étape précédente et prêtent l’oreille, nous interrogent, s’approchent de nos vivres, nous regardent manger,… Ils sont agités la nuit et nous pensons même qu’ils pratiquent des plats à base de produits jamais utilisés jusque là ! Il y a des odeurs suspectes qui ne trompent pas.

Ceux de l’île de l’Antre, qui ne sont pas né du dernier cyclone, nous accueillent les bras ouverts, nous parlent de l’explorateur du siècle dernier, celui qui aimait le poisson et qui leur avait déjà parlé des autres îles. Il leur avait dit qu’il reviendrait, mais ils l’attendent toujours. Pour eux, il serait important de rencontrer les autres peuplades. Cette idée a fait son chemin depuis la disparition prématurée de l’ethnologue, mais ils n’ont pas les moyens de se déplacer sur ses mers incertaines, hostiles et parfois déchaînées, au-delà de la lagune. Ils nous implorent pour les aider à éliminer les famines.

Et voilà, nous en sommes là devant cette demande, avec nos connaissances…


(Métaphore pour construire un réseau)



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