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Nom du blog :
leshistoiresderemi
Description du blog :
Métaphores créées pour accompagner équipes ou organisations dans leur développement...
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
17.03.2007
Dernière mise à jour :
26.06.2007
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13 - Tête Haute

13 - Tête Haute

Posté le 17.03.2007 par leshistoiresderemi
Quand on entre dans la "salle des pendus", celle où les mineurs attachent leurs vêtements à une corde fixée par un cadenas, nos narines respirent l'odeur acre de la mine, l'odeur sèche de la pierre, épaisse de la graisse, capiteuse de la sueur. On entre alors dans le gris, dans l'obscurité des inter-mondes avant d'aller s'y plonger. Le crissement de la poulie aux habits habitue déjà les tympans aux grincements et aux sifflements du long câble qui porte la cage du monte-charge quand elle s'enfonce dans les ténèbres au petit matin, déversant ses mineurs dans les galeries de charbon.

Les premières galeries se sont creusées à la force du poignet, à la sueur du front. Souvent à cette époque les tâches se faisaient en solitaire par la dureté de la roche et par l'exiguïté des goulets. Mettre des étais en chêne, poser les rails obligeaient au travail collectif, mais le plus souvent c'est seul que les mineurs oeuvraient. Seuls que les mineurs creusaient au pic, au marteau et la pelle. Seuls qu'ils poussaient les chariots chargés de matière lourde et obscure.

Depuis la mine s'est modernisée, l'électricité est arrivée jusque dans le fond des tunnels, les marteau-piqueurs et les perforatrices sont entrés dans la danse, sont entrés dans la transe. Les mineurs travaillent en équipe, la tâche est calibrée, standardisée. Les mètres cubes comptabilisés, analysés, rentabilisés. Le calendrier et les horaires maîtrisés. Les maladies répertoriées - du symptomatique mal de dos à la mortelle silicose - répertoriés, contrôlées et soignées !

Mais le monde tourne, le filon de charbon ne promet pas de grand développement, alors on s'ouvre à d'autres matières.

Avant l'écartement des rails était d'un mètre, maintenant il varie suivant la galerie et la matière, alors il faut se mettre d'accord, un mètre, un mètre vingt, un mètre cinquante.

Avant les wagonnets allaient avec les rails : un mètre de large et deux de long et pour pousser un mineur suffisait, maintenant les wagonnets sont devenus wagons et il faut les pousser à plusieurs.

Avant la matière était unique et connut depuis des décennies, maintenant les mineurs dégagent et exploitent des matières liquides qui vous échappent, gazeuses qui vous surprennent tel un serpent, parfois explosives et violentes, comme une mauvaise histoire d'amour.

Et puis dans ces galeries, est-ce le gaz, l'humidité ou la roche, l'électricité par moment montre des faiblesses. Par longue période la lumière fait défaut alors que la matière est dangereuse et qu'il ne faut pas la quitter des yeux. C'est un vrai problème cette lumière.

Alors on discute dans le monte-charge, on discute dans la salle des pendus, on discute dans les bureaux. La matière est noble, elle vaut le coup, elle vaut l'effort et le filon est grand. Les mineurs, fils de mineurs et petits fils de mineurs savent d'où ils viennent, savent par où il a fallut passer pour maîtriser le travail. Les trucs, les tours de main, les dangers du charbon, la solidarité, ils savent. Mais la matière a changé.


Faut-il changer la manière ? Faut-il se mettre d'accord sur l'écartement du rail ? Faut-il revoir le réseau électrique. Faut-il refuser certaines matières ? Pour les mineurs c'est une question d'honneur. Un jour, ils quitteront la mine "tête haute", car quand on est mineur dans cette région on prépare la génération d'après. C'est ça être "tête haute" ici.

Le monte charge émerge des bas-fonds, les cheveux aplatis par le casque, le relief de la peau marquée par la poudre fine et sombre et les grands yeux fatigués, il redressent le buste au moment même où la cabine s'arrête, où la grille s'ouvre en grinçant. Les mineurs mettent le pied à terre et sortent "tête haute", décidés à changer la manière…

(Métaphore pour la cohésion d'une équipe d'enseignants)



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