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leshistoiresderemi
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Métaphores créées pour accompagner équipes ou organisations dans leur développement...
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Date de création :
17.03.2007
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26.06.2007
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14 - Le Feu Sacré

14 - Le Feu Sacré

Posté le 18.03.2007 par leshistoiresderemi
La grotte est sombre, humide. Lieu mystérieux quand on n'a pas franchi le seuil, inquiétant même par la présence imaginaire de bêtes et d'esprits mauvais. Lieu refuge quand on l'a apprivoisé petit à petit. Lieux tempéré, frais quand le soleil d'été écrase tout, confortable au cœur de l'hiver glacial.

Une peau de bête sur le corps, le poil hirsute, les dents jaunies, ils sont là en cercle autour de la source de lumière et de chaleur qu'ils ont créé, qu'ils veillent et alimentent avec soin. Petite flamme vacillante d'abord au milieu d'une touffe d'herbe sèche, puis flammèche vigoureuse sur une poignée de brindilles qui projette en dansant des ombres sur les parois. Le feu est là, il chauffe ces corps robustes et maltraités, les soulage de la morsure du froid, de l'air saturé d'humidité.

Comment ont pu vivre les anciens sans ce trésor fragile ? Ils en sont fiers. La première fois dans cette tribu le feu est arrivé par l'incendie de la forêt voisine. D'abord, ils ont fuit par la peur, mais en regardant ils ont été fascinés par ces flammes immenses. Puis quand le feu est passé, qu'ils ont ressenti la chaleur, ils découvrent en lisière des formes noirâtres d'animaux asphyxiés et pétrifiés. Puis ils découvrent qu'ils sont cuits, c'est l'odeur âcre puis agréable qui surprend, on ne mangeait que de la chair crue ! L'odeur, ils s'en souviennent.

Puis le feu est parti après une pluie d'orage diluvien. Plus rien de ce mirage, que le souvenir du goût, de l'odeur, de la chaleur et de la lumière dorée dans l'obscur des fumées. La tribu a cherché longtemps le feu. Puis un jour, autre jour d'embrassement de forêt, l'un deux plus téméraire sans doute, curieux et marqué par l'expérience originelle s'est approché des troncs fumant, a trouvé le noir du charbon, la brûlure de la braise et ô miracle la flamme magique dans le creux d'une souche, à l'abri du vent maudit. Pour ne pas se brûler, il a pris des herbes sèches, la flamme a grandi brutalement, le surprenant. Il venait de comprendre comment la faire grandir.

Les temps ont passé. Ils savent faire le feu, c'est leur force !

Mais la tribu s'agrandit, essaime dans le vaste territoire. Les liens se distancient, l'éloignement, les préoccupations des nouveaux lieux, les dangers qui guettent ces nouvelles tribus. Bêtes féroces ou manque de gibier, lieux inconnus à conquérir, hostiles parfois. La question du feu est une question de la survie. Ceux qui le perdent, risquent de se perdre.

Un vieux, un sage qui a vécu l'avènement de la flamme dans cette tribu mère, est sur le point de partir pour le grand voyage avec les esprits anciens et celui des animaux si bien chassés par ses hommes des cavernes. La tribu le sent et fait une cérémonie pour aider le passage prochain. Il faut qu'il nous raconte. Ses souvenirs, ses découvertes, ses peurs, ses joies…

Alors on coupe du bois, ravive la flamme puis on s'assied autour du feu une fois encore, on donne un temps à cette flamme qui bientôt vacillera si on ne l'alimente pas. On fait une place à l'ancêtre du coté où souffle la brise qui pousse la fumée ailleurs. C'est la place d'où l'on peut voir quand on lève les yeux au travers des étincelles orangées du feu les étoiles de cette nuit sans lune. C'est un temps important pour l'ancien et un temps important pour chacun d'entre eux, des enfants aux adultes. C'est dans ces moments là que la conscience naît, que les choix s'opèrent. Les enfants se lovent entre les seins généreux de leur mère, au creux des peaux de bêtes épaisses et douillettes.

Alors on fait griller une bête, belle bête, fière bête qui marquera les narines et les palais pour longtemps. Puis après avoir nourri les ventres, ils seront prêts à entendre, au milieu des cris et incantations coutumières la voix aride de cet aïeul vénérable. Alors on mâche des racines au goût bizarre, des racines qui parlent dans les têtes. Le silence s'installe dans les crépitements de bois, devant les yeux écarquillés et rougis par la fumée, les oreilles à l'affût et les ventres bombés d'après ripaille.

Et le vieux parle, doucement d'abord, en raclant sa gorge pour trouver le ton juste. Puis de vagues gestes chamaniques accompagnent ses mots fluets ou caverneux, donnant l'intensité et la gravité nécessaire pour marquer les esprits. Il parle du feu. Du feu qu'il faut créer, qu'il faut garder. Il parle de ses peurs devant ces changements d'époque où chacun se retourne sur soi. Il raconte ces tribus qui ont perdu la flamme et qui en ont agressé d'autres. Il explique l'apaisement des peuples mangeant la viande cuite et le chaos des mangeurs de chaire crue.

Un nouveau grattement de gorge et solennellement il dit: " Chaire crue c'est tout suite, Chaire crue c'est tout seul, Chaire crue c'est saignant et fétide, Chaire crue ne se garde pas, Chaire crue attise la violence : tu tues et tu manges. … "

Puis, les yeux charmeurs, il ajoute: " Viande cuite demande la patience, alors que le ventre est vide. Viande cuite c'est ensemble, il faut se comprendre. Viande cuite se prépare à l'avance, il faut s'organiser. Viande cuite est chaude dans la bouche et le ventre, Viande cuite est bonne au nez et à la langue, Viande cuite passe des anciens qui savent aux jeunes qui apprennent. Viande cuite se mange en tribu. "

Enfin, dans un semblant de sourire espiègle, il lâche : "Alors, plus de rides au ventre, plus de rides au cœur, plus de rides à la tribu"…

Suspension du temps, de la parole. Sa voix baisse, se fait plus intime, plus secrète sur ce qu'il a compris. Entre deux gestes de mains aléatoires, il a lancé l'idée du partage. Ces yeux montent vers la voûte céleste, il se tait, il partage l'espace, laisse les pensées faire leur chemin, sait qu'il peut partir, cela ne lui appartient plus, il ne parlera plus.

La braise s'assombrit, les enfants se sont endormis dans les peaux de bêtes épaisses et douillettes. Demain, la tribu quittera la région, emportant les paroles de la nuit comme un trésor à ne pas perdre. Ils vont vers l'endroit où se couche le soleil, ignorant les dangers du chemin, fort de leur urne où brûlent quelques braises de la veille. Ils vont rencontrer d'autres tribus inconnues, ne sachant pas si elles seront plutôt "ragoût" ou "tartare" !

(Métaphore pour réfléchir aux Assemblées Générales d'associations)



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