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Nom du blog :
leshistoiresderemi
Description du blog :
Métaphores créées pour accompagner équipes ou organisations dans leur développement...
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
17.03.2007
Dernière mise à jour :
26.06.2007
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2 Metaphores professionnelles

11 - Le magot

Posté le 17.03.2007 par leshistoiresderemi
Un beau château !
De grandes salles, hautes de plafond, sentant bon les boiseries cirées.
Aux murs des tableaux de maîtres représentant les glorieux militaires, les explorateurs audacieux, les célèbres religieux qui habitent l'arbre généalogique familial.
Des tapis au sol qui continuent leur chemin dans les escaliers larges et éclairés par des lustres aux miroiteries éclatantes.
Un bel endroit !
Le maître des lieux vit en haut, dans des appartements spacieux où le parquet craque, où la voix résonne, où le feu crépite dans la cheminée.

De la haut, en sirotant un Belleys, il peut voir son domaine, sa pièce d'eau, sa forêt de feuillus au troncs élancés, son parc vallonné où vivent paisiblement des animaux exotiques ramenés de voyage par son grand père.
Un homme qui a parcouru le monde, passionné de nature.

Plus bas, des espaces moins luxurieux, mais néanmoins utiles au bon fonctionnement de la propriété.
Des pièces de rangements, de stockage. Puis des pièces où l'on prépare la nourriture et les soins de ses animaux venant des cinq continents.

Plus loin, après la pièce d'eau, on aperçoit le toit des dépendances où il paraît que l'on héberge des journaliers pour les travaux divers.

Nourrir les animaux et les soigner ! Voilà la belle affaire.
Le majordome se charge depuis de longues années de gérer cette "Arche de Noë" campagnarde.
Trouver à chaque espèce un espace ressemblant à son continent lointain, en tous cas pour que l'œil du visiteur se transporte dans cette nature tropicale ou sibérienne. Disposer des blocs de pierre, des troncs d'arbre, ici une cascade, là une grotte. Créer un paysage rompant la monotonie.
Séparer les carnivores des herbivores.
Surprendre au détour d'un chemin le marcheur par une espèce rare ou majestueuse…
Cette mission s'est construite au fur et à mesure de l'arrivée de nouveaux animaux locataires et les remaniements sont finalement assez rares.

Ce qui est moins rare et plutôt quotidien c'est de les nourrir.
Et là le majordome seul ne peut y arriver.
Trop d'espèces différentes, trop d'espaces à courir.
Et puis un fauve d'Afrique ne mange pas de la même façon qu'un autre venant d'Asie.
Il faut des connaissances particulières, des aliments adaptés…

La cuisine du parc animalier n'a rien a envier à celle du château.
D'ailleurs, le chef cuisinier vient régulièrement voir son collègue, prendre le thé au soleil !
De longues conversations suivies de fines observations permettent à ces deux spécialistes de créer des mélanges originaux qui ravissent les papilles et les yeux, tantôt du maître, tantôt du fauve !
Les équipes du majordome coupent, hachent, épluchent quantité de quartiers de viandes, de fruits colorés et de légumes croquants qu'ils distribuent du matin au soir, dans un ordre strict commençant par les fauves, car leur rugissements sont de grand facteurs de stress pour les herbivores et finissant par les reptiles qui peuvent attendre plusieurs jours leur pitance, et qui surtout sont sourds.

Les nourrir et les soigner !
Les soigner !
Là, ça se complique.
Un cheval, une vache facile !
Un ours, un loup passent encore !
Mais quand un crocodile ou un manchot tombent malade, un papillon ou un colibri défaillent alors là, c'est délicat.

Les nuits blanches du majordome viennent de là, c'est sûr.
Pour le moment avec ses équipes, il a toujours fait face.
Réparer une fracture oui, isoler un animal malade oui.
Mais trouver le remède à l'intoxication d'une tortue, à la myxomatose d'un walibi, là non.
Soit des insomnies, soit des cauchemars.

Parfois, des guérisons miraculeuses surgissent sans savoir pourquoi !
Le matin même un magot du Maroc, petit singe qui habitent dans les forêts de cèdres au sud de Fès, se tord de douleurs, agresse ses congénères qui à leur tour le blessent.
Le majordome est appelé.
Il observe, le met en quarantaine, cherche désespérément une solution, retourne à ses encyclopédies, dit son désarroi au chef cuisinier du domaine, écoute à peine un des journaliers qui lui conseille, avec un fort accent, de faire boire du cumin à son singe, file sur son ordinateur, consulte le site du muséum d'histoire naturelle, retourne voir le singe avec sa carabine hypodermique et le trouve calme, jouant à travers sa cage avec les autres primates, devant les yeux rayonnants du journalier !
C'est à n'y rien comprendre !

Ce soir, une nouvelle insomnie le guette.
- Sur le site du Muséum, il a vu un message d'alerte pour une nouvelle encéphalo-spongiforme venant de l'hémisphère sud qui a déjà ravagé des parcs animaliers.
- En plus, depuis quelques temps, certains journaliers menacent de faire grève à cause des conditions de travail !

Il se demande de quoi va être fait demain, comment s'y préparer ?
Il espère que la nuit lui portera conseil

(Métaphore pour accompagner une politique jeunesse locale)



--

12 - Vers de nouveaux horizons

Posté le 17.03.2007 par leshistoiresderemi
L'Ouest ! D'abord le désert blond puis ôcre, les cactus gorgés d'eau et hérissés d'aiguillons acérés, la chaleur écrasante et implacable du soleil qui concurrence la brûlure de la chaudière chauffée à blanc. La soif tenaille pendant que les rails déroulent leur parallèle à l'infini traverse après traverse, vers la montagne au loin qui se profile et porte les espoirs d'un filon, d'une rivière aurifère, d'un eldorado...

Le train est robuste. Vingt ans qu'il est sorti de l'usine, vingt ans qu'il parcourt les paysages du Far-west, vingt ans qu'il se frotte aux attaques de gangsters, aux bisons égarés sur la voie, aux embuscades d'indiens criards, aux charges fastueuses de la cavalerie... Ce n'est pas un rapide, pas un express, mais un monstre métallique lourd et infatigable qui peut durer encore dix ans, vingt ans, voir même cinquante à condition de changer une pièce de temps en temps.

Il va vers la mine d'or, vers cette ville qui est sortie de terre dans un endroit où seul les buissons d'épineux roulent à la moindre bourrasque de vent, où le soleil couchant, après une course brûlante, enflamme les hautes falaises. Terre aride, arbres morts, tout juste bons à supporter la corde à nœud et quelques vautours patients. Terre aride, mais terre promise. Les voyageurs de ce train en rêvent depuis longtemps, le bouche à oreille est aussi efficace que les signaux de fumée que l'on aperçoit, inquiet, aux abords de la voie.

Derrière la locomotive à vapeur, le wagon à charbon plein à craquer. La pelle au manche noirci, lisse et brillant n'a pas le temps de refroidir vu l'appétit de la "bête" qu'il faut charger de boulets anthracite sans répit.

Entre les wagons, les mâchoires des attaches grincent, puis hurlent quand arrive la moitié du parcours. La graisse épaisse mise au départ a fondu au soleil, désintégrée par la poussière, éliminée par les frottements. Mais pas le temps de s'arrêter en route, la lenteur du voyage sacrifie les pauses qu'on imagine superflues. Du cambouis à chaque départ et des constats de dégradation à l'arrivée, de toute façon les hurlements des crochets ne s'entendent pas de la locomotive, seuls les passagers s'y habituent progressivement, imaginant ses grincements stridents comme normaux. Ce train n'a jamais abandonné sa destination, c'est sa réputation à l'Est.

Après le wagon à charbon, ceux des voyageurs, provenant de plusieurs usines, wagons hétérogènes mais compatibles. Le confort y est sommaire. Des banquettes en bois, des rideaux aux couleurs passées, des fenêtres patinées par la fumée et la poussière du désert, des paniers à bagages, en grillage, capables de porter des malles, des pioches, des batées flambant neuf, des couvertures, des gourdes recouvertes de toile grise et autres matériels indispensables à l'orpaillage. Voyageurs et bagages, conducteur, mécaniciens en chemin vers une même destination. Une odeur âcre, mélangeant cuir graissé, sueur et charbon calciné prend aux narines quand on entre en plein après midi dans ces wagons.
Les voyageurs s'entassent avec leurs bagages pour l'aventure, la richesse peut être, les frissons sûrement, les bons ou mauvais coups parfois. Les mécaniciens jouent les contrôleurs, aident le conducteur, protègent les voyageurs des larcins,... Ici la polyvalence est de mise, chacun peut compter sur l'autre.

La ligne de chemin de fer s'arrête pour le moment dans cet endroit improbable, mais la compagnie n'a pas fini son tracé, quelques secrètes envies ou nouveaux défis fleurissent dans les têtes.

Alors il faut pour continuer, réfléchir au relief de la région qui se relève et se révèle comme un beau défi. Se méfier des territoires mal famés et les contourner. Négocier avec les chefs indiens. Et puis, il y a besoin d'organiser les gares, les postes de ravitaillement en eau, en charbon. Besoin aussi de revoir les étapes, pour vérifier la mécanique, graisser les crochets d'articulation, améliorer l'information vers les voyageurs, augmenter l'équipe de mécaniciens et du coup la réorganiser. S'assurer de la proximité et de la surveillance par la cavalerie, trouver des chasseurs de têtes quand la contrée est trop hostile, pour se consacrer qu'à la bonne marche du train.

Et puis relever le standing, permettre à des passagers plus mondains de voyager en sécurité, avec un minimum de confort. Le filon d'origine étend généreusement ses veines, la région va se peupler inéluctablement, il faut être prêt. L'or attire l'argent !

La compagnie est à l'Est et le bout du chemin à l'ouest. Elle a dépêché un géomètre et l'a chargée de mettre en œuvre ce changement important. La concurrence d'une compagnie du Nord menace, il faut réagir... Réagir, mais pas n'importe comment, la conquête de l'Ouest doit être porteuse des valeurs de cette nouvelle nation et d'un projet durable.

(Métaphore pour le développement d'une organisation)

13 - Tête Haute

Posté le 17.03.2007 par leshistoiresderemi
Quand on entre dans la "salle des pendus", celle où les mineurs attachent leurs vêtements à une corde fixée par un cadenas, nos narines respirent l'odeur acre de la mine, l'odeur sèche de la pierre, épaisse de la graisse, capiteuse de la sueur. On entre alors dans le gris, dans l'obscurité des inter-mondes avant d'aller s'y plonger. Le crissement de la poulie aux habits habitue déjà les tympans aux grincements et aux sifflements du long câble qui porte la cage du monte-charge quand elle s'enfonce dans les ténèbres au petit matin, déversant ses mineurs dans les galeries de charbon.

Les premières galeries se sont creusées à la force du poignet, à la sueur du front. Souvent à cette époque les tâches se faisaient en solitaire par la dureté de la roche et par l'exiguïté des goulets. Mettre des étais en chêne, poser les rails obligeaient au travail collectif, mais le plus souvent c'est seul que les mineurs oeuvraient. Seuls que les mineurs creusaient au pic, au marteau et la pelle. Seuls qu'ils poussaient les chariots chargés de matière lourde et obscure.

Depuis la mine s'est modernisée, l'électricité est arrivée jusque dans le fond des tunnels, les marteau-piqueurs et les perforatrices sont entrés dans la danse, sont entrés dans la transe. Les mineurs travaillent en équipe, la tâche est calibrée, standardisée. Les mètres cubes comptabilisés, analysés, rentabilisés. Le calendrier et les horaires maîtrisés. Les maladies répertoriées - du symptomatique mal de dos à la mortelle silicose - répertoriés, contrôlées et soignées !

Mais le monde tourne, le filon de charbon ne promet pas de grand développement, alors on s'ouvre à d'autres matières.

Avant l'écartement des rails était d'un mètre, maintenant il varie suivant la galerie et la matière, alors il faut se mettre d'accord, un mètre, un mètre vingt, un mètre cinquante.

Avant les wagonnets allaient avec les rails : un mètre de large et deux de long et pour pousser un mineur suffisait, maintenant les wagonnets sont devenus wagons et il faut les pousser à plusieurs.

Avant la matière était unique et connut depuis des décennies, maintenant les mineurs dégagent et exploitent des matières liquides qui vous échappent, gazeuses qui vous surprennent tel un serpent, parfois explosives et violentes, comme une mauvaise histoire d'amour.

Et puis dans ces galeries, est-ce le gaz, l'humidité ou la roche, l'électricité par moment montre des faiblesses. Par longue période la lumière fait défaut alors que la matière est dangereuse et qu'il ne faut pas la quitter des yeux. C'est un vrai problème cette lumière.

Alors on discute dans le monte-charge, on discute dans la salle des pendus, on discute dans les bureaux. La matière est noble, elle vaut le coup, elle vaut l'effort et le filon est grand. Les mineurs, fils de mineurs et petits fils de mineurs savent d'où ils viennent, savent par où il a fallut passer pour maîtriser le travail. Les trucs, les tours de main, les dangers du charbon, la solidarité, ils savent. Mais la matière a changé.


Faut-il changer la manière ? Faut-il se mettre d'accord sur l'écartement du rail ? Faut-il revoir le réseau électrique. Faut-il refuser certaines matières ? Pour les mineurs c'est une question d'honneur. Un jour, ils quitteront la mine "tête haute", car quand on est mineur dans cette région on prépare la génération d'après. C'est ça être "tête haute" ici.

Le monte charge émerge des bas-fonds, les cheveux aplatis par le casque, le relief de la peau marquée par la poudre fine et sombre et les grands yeux fatigués, il redressent le buste au moment même où la cabine s'arrête, où la grille s'ouvre en grinçant. Les mineurs mettent le pied à terre et sortent "tête haute", décidés à changer la manière…

(Métaphore pour la cohésion d'une équipe d'enseignants)

14 - Le Feu Sacré

Posté le 18.03.2007 par leshistoiresderemi
La grotte est sombre, humide. Lieu mystérieux quand on n'a pas franchi le seuil, inquiétant même par la présence imaginaire de bêtes et d'esprits mauvais. Lieu refuge quand on l'a apprivoisé petit à petit. Lieux tempéré, frais quand le soleil d'été écrase tout, confortable au cœur de l'hiver glacial.

Une peau de bête sur le corps, le poil hirsute, les dents jaunies, ils sont là en cercle autour de la source de lumière et de chaleur qu'ils ont créé, qu'ils veillent et alimentent avec soin. Petite flamme vacillante d'abord au milieu d'une touffe d'herbe sèche, puis flammèche vigoureuse sur une poignée de brindilles qui projette en dansant des ombres sur les parois. Le feu est là, il chauffe ces corps robustes et maltraités, les soulage de la morsure du froid, de l'air saturé d'humidité.

Comment ont pu vivre les anciens sans ce trésor fragile ? Ils en sont fiers. La première fois dans cette tribu le feu est arrivé par l'incendie de la forêt voisine. D'abord, ils ont fuit par la peur, mais en regardant ils ont été fascinés par ces flammes immenses. Puis quand le feu est passé, qu'ils ont ressenti la chaleur, ils découvrent en lisière des formes noirâtres d'animaux asphyxiés et pétrifiés. Puis ils découvrent qu'ils sont cuits, c'est l'odeur âcre puis agréable qui surprend, on ne mangeait que de la chair crue ! L'odeur, ils s'en souviennent.

Puis le feu est parti après une pluie d'orage diluvien. Plus rien de ce mirage, que le souvenir du goût, de l'odeur, de la chaleur et de la lumière dorée dans l'obscur des fumées. La tribu a cherché longtemps le feu. Puis un jour, autre jour d'embrassement de forêt, l'un deux plus téméraire sans doute, curieux et marqué par l'expérience originelle s'est approché des troncs fumant, a trouvé le noir du charbon, la brûlure de la braise et ô miracle la flamme magique dans le creux d'une souche, à l'abri du vent maudit. Pour ne pas se brûler, il a pris des herbes sèches, la flamme a grandi brutalement, le surprenant. Il venait de comprendre comment la faire grandir.

Les temps ont passé. Ils savent faire le feu, c'est leur force !

Mais la tribu s'agrandit, essaime dans le vaste territoire. Les liens se distancient, l'éloignement, les préoccupations des nouveaux lieux, les dangers qui guettent ces nouvelles tribus. Bêtes féroces ou manque de gibier, lieux inconnus à conquérir, hostiles parfois. La question du feu est une question de la survie. Ceux qui le perdent, risquent de se perdre.

Un vieux, un sage qui a vécu l'avènement de la flamme dans cette tribu mère, est sur le point de partir pour le grand voyage avec les esprits anciens et celui des animaux si bien chassés par ses hommes des cavernes. La tribu le sent et fait une cérémonie pour aider le passage prochain. Il faut qu'il nous raconte. Ses souvenirs, ses découvertes, ses peurs, ses joies…

Alors on coupe du bois, ravive la flamme puis on s'assied autour du feu une fois encore, on donne un temps à cette flamme qui bientôt vacillera si on ne l'alimente pas. On fait une place à l'ancêtre du coté où souffle la brise qui pousse la fumée ailleurs. C'est la place d'où l'on peut voir quand on lève les yeux au travers des étincelles orangées du feu les étoiles de cette nuit sans lune. C'est un temps important pour l'ancien et un temps important pour chacun d'entre eux, des enfants aux adultes. C'est dans ces moments là que la conscience naît, que les choix s'opèrent. Les enfants se lovent entre les seins généreux de leur mère, au creux des peaux de bêtes épaisses et douillettes.

Alors on fait griller une bête, belle bête, fière bête qui marquera les narines et les palais pour longtemps. Puis après avoir nourri les ventres, ils seront prêts à entendre, au milieu des cris et incantations coutumières la voix aride de cet aïeul vénérable. Alors on mâche des racines au goût bizarre, des racines qui parlent dans les têtes. Le silence s'installe dans les crépitements de bois, devant les yeux écarquillés et rougis par la fumée, les oreilles à l'affût et les ventres bombés d'après ripaille.

Et le vieux parle, doucement d'abord, en raclant sa gorge pour trouver le ton juste. Puis de vagues gestes chamaniques accompagnent ses mots fluets ou caverneux, donnant l'intensité et la gravité nécessaire pour marquer les esprits. Il parle du feu. Du feu qu'il faut créer, qu'il faut garder. Il parle de ses peurs devant ces changements d'époque où chacun se retourne sur soi. Il raconte ces tribus qui ont perdu la flamme et qui en ont agressé d'autres. Il explique l'apaisement des peuples mangeant la viande cuite et le chaos des mangeurs de chaire crue.

Un nouveau grattement de gorge et solennellement il dit: " Chaire crue c'est tout suite, Chaire crue c'est tout seul, Chaire crue c'est saignant et fétide, Chaire crue ne se garde pas, Chaire crue attise la violence : tu tues et tu manges. … "

Puis, les yeux charmeurs, il ajoute: " Viande cuite demande la patience, alors que le ventre est vide. Viande cuite c'est ensemble, il faut se comprendre. Viande cuite se prépare à l'avance, il faut s'organiser. Viande cuite est chaude dans la bouche et le ventre, Viande cuite est bonne au nez et à la langue, Viande cuite passe des anciens qui savent aux jeunes qui apprennent. Viande cuite se mange en tribu. "

Enfin, dans un semblant de sourire espiègle, il lâche : "Alors, plus de rides au ventre, plus de rides au cœur, plus de rides à la tribu"…

Suspension du temps, de la parole. Sa voix baisse, se fait plus intime, plus secrète sur ce qu'il a compris. Entre deux gestes de mains aléatoires, il a lancé l'idée du partage. Ces yeux montent vers la voûte céleste, il se tait, il partage l'espace, laisse les pensées faire leur chemin, sait qu'il peut partir, cela ne lui appartient plus, il ne parlera plus.

La braise s'assombrit, les enfants se sont endormis dans les peaux de bêtes épaisses et douillettes. Demain, la tribu quittera la région, emportant les paroles de la nuit comme un trésor à ne pas perdre. Ils vont vers l'endroit où se couche le soleil, ignorant les dangers du chemin, fort de leur urne où brûlent quelques braises de la veille. Ils vont rencontrer d'autres tribus inconnues, ne sachant pas si elles seront plutôt "ragoût" ou "tartare" !

(Métaphore pour réfléchir aux Assemblées Générales d'associations)

15 - Mer d'encre à l'île de la Plume

Posté le 25.03.2007 par leshistoiresderemi
C'est une mer furibonde, agitée, noire. Le ciel est gris et les eaux froides marbrées par les remous violents. L'écume des nombreux embruns vient nous gifler brutalement, nous trempant avec de ses eaux salines et poisseuses …. Le vent nous noie les oreilles dans un souffle bruyant et permanent avec des rafales stridentes dans un autre rythme que les vagues, mettant notre équilibre sans dessus dessous. Il fait froid, c'est humide et c'est sombre !

La mer est déchaînée et notre embarcation chahutée comme une coque de noix instable. Le vent nous pousse toujours plus loin, plus vite vers l'avant, les vagues nous prennent de bâbord à tribord ou de tribord à bâbord, marquant l'itinéraire d'à-coups imprévisibles qui rendent le tracé saccadé et incertain….

Nous, marins au pied assuré, ou novices d'eau douces, avons le ventre en marmelade, prêt à vomir aux animaux marins les quelques aliments qui flottent dans la bile des mauvais jours de notre mer intérieure. Les goélands crient dans le sillage aérien du bateau, attendant tels les vautours, les quelques morceaux de chair palottes mais goûteuses qui échapperaient au contrôle des humains…

Parfois dans ces moments de furie, des caisses s'échappent au gré des coups de boutoir liquides… caisses de livres, caisses d'histoire, caisses d'espoir, caisses d'outils, de notes, de vérités trouvées… Parfois, elles nous échappent, parfois on en attrape perdues par d'autres.

Mais tout ça, c'est la vie. La vie qui va. La vie qui vit. Vie de galion ou vie de galère. Ça fait partie du chemin, du mouvement, de l'histoire d'un bateau et de ces marins. Mer en éruption ou mer de carte postale, un jour l'une, un jour l'autre…

Un jour, on resserre tous les liens pour que rien ne s'échappe de cette unité de matière, unité de relation. On resserre les liens, on resserre l'union pour être plus fort, pour ne pas être éparpillés, pour n'être qu'un, face aux éléments incontrôlables que la nature déchaîne.

Un autre jour, quand la crise est passée, quand huileuse est la mer, quand postale est la carte, on peut se détendre, détendre les liens, dénouer les nœuds, ouvrir les hublots, sécher les habits, laisser le temps filer un peu, retrouver ses esprits, raconter son aventure en la détachant de celle, collective, qui vient de se vivre…

Parfois une lagune s'ouvre à nous, ou bien une île accueillante nous permet la pause, nous promet un plancher solide pour nos pieds soumis au roulis permanent… Une île et des eaux calmes qui permettent de faire le tour de la coque et des coursives, de vérifier les vivres, de soigner les mauvaises plaies, de comprendre le chemin parcouru, de tracer le prochain, de donner des nouvelles aux familles, à l'armateur.

Et voilà, nous sommes là, marins aguerris, dans une mer où l'on nous annonce des remous. Une mer qui rassemble tous ce qu'elle compte de colère, de mouvement. Un ciel, au loin, qui déjà s'obscurcit comme avant une entrée en scène… place au vide avant l'action… C'est la radio qui l'annonce dans le feutré du studio et la voie douce de Marie Pierre Planchon de la météo marine qui veille et parle aux marins de par le monde… Nous sommes là, marin expérimenté par les flots planétaires de toute température, de toute latitude… mais petits, tout petits devant ce qui s'amène bientôt. Dans trois jours, peut être quatre, peut être deux ?
Et si nous nous brisions cette fois, parce que le destin l'a décidé ?

Et si notre existence de marin ne servait à personne, tombait dans l'oubli alors que l'équipage a fierté de ces savoir faire, de ces trouvailles innombrables, de ses ruses pour déjouer les tours des hommes et des mers.
Et si, corps, biens et chemins se retrouvaient entre les dents des requins, dans la double rangée de dents de requins, autant dire qu'il ne resterait rien de distinct.

Fils de marins, pères de marin ! Il y en a mare des épaves qui ne donnent que du mauvais bois à brûler, que des lambeaux de voile à jeter, que des morceaux de mystères à dévoiler par des archéologues de salon dans quelques décennies ! Mare de laisser la laisse de mer choisir ce qu'elle veut bien nous donner, indice d'indices perdu au milieu de vieilles algues racornies, de tubes de crème solaires éventrés, de ponte de raies, de carcasses de crabes blanchâtres.

La route que nous suivons, nos pères l'ont entamées. Nombreux sont restés sans laisser de trace, sans laisser d'indices sur le chemin parcouru, sur les dangers vécus. Parfois, certains de nos pairs laissaient un carnet de bord, jetaient une bouteille à la mer, expliquaient leurs aventures… Alors de ces mots partagés, nous n'étions pas pris au dépourvu par un mauvais bloc de glace ou de nombreux rugissants… nous savions !

C'est comme ça qu'il avance le bateau du monde. Vivre et transmettre. Aller et aller plus loin. De la pêche au harpon fait d'un os aléatoire au chalut d'aujourd'hui. On peut choisir la vitesse de la croisière, on peut décider du chemin, on peut beaucoup, mais tomber dans l'oubli ?

"Il nous reste l'île de la Plume. Jeter l'ancre à la Plume, c'est encore possible demain" se dit le Capitaine. Ecoutons la météo marine, discutons avec le Quartier-maître et attendons les conseils de la nuit…



(Métaphore pour une formation sur l'écrit professionnel)
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